Dernières mises à jour
Gene Vincent – The Indispensable 1956-1958 (2013 / Frémeaux & Associés)

Gene Vincent est celui qui donna au label californien Capitol ses lettres de noblesse dans le rock naissant face aux labels de New-York : Decca, RCA Victor (qui signa Presley) et Columbia. On retient souvent du pionnier du rock son “Be Bop a Lula”. Il parut d’abord en face B de “Woman Love”. Mais jugé trop licencieux (et interdit d’emblée sur la BBC) ce titre devint un des hits majeurs de l’histoire du rock. Gene Vincent fut d’emblée avec Cochran et l’inévitable Elvis jeté au firmament d’un genre naissant. Mais il refusa de sacrifier à ce qui donna aux rockers plus malins et moins radicaux : à savoir enregistrer des slows.

Son étoile s’éteignit très vite aux USA. Et après un accident dans lequel Cochran trouva la mort et lui une jambe folle il connut encore quelques succès dans les années soixante de ce côté de l’atlantique. Mais il mourut très vite. Sa disparition signa l’apparition de disques plus ou moins pirates qui dénaturèrent le rock primal de l’artiste. Frémeaux permet enfin de redécouvrir la période la plus prolifique du chanteur et compositeur. À savoir tous ses premiers enregistrements avec les Blue Caps et son guitariste solo d’exception : Cliff Gallup. Vincent prouve qu’il fut non seulement le pionnier du rock (avec ses digressions jump blues et hillibilly) mais qu’il reste le maître du genre qu’il a créé : le rockabilly.

Dès lors dire que ces 3 CD pulsent serait un euphémisme. Le temps a passé mais “Rocky Road Blues” ou “Dance to the Bop” ramènent à l’espace où le romantisme se fracassait sur des paroles sulfureuse et des rythmes qui désarçonnent les mateur de mélodies. Les titres giclent de leur fleuve d’écume. Et l’on comprend que dès la fin des années 50 le rock avait déjà tout “dit”. Sa texture approfondissait par avance tout ce qui a été créé depuis. C’est insidieux, plein d’alacrité et d’audace. Gene Vincent fut donc bien le révolté jamais avaricieux de délires capable de broyer toute pudeur et bien plus qu’un Presley. Il fait bouillir le jus du rock, son écume gonfle, butte sur les courbes mélodiques qui se tordent. Ce fut est cela demeure l’intrusion d’un impensé au cœur de la musique populaire.

Avec Gene Vincent le désir juvénile trouve une puissance inconnue. L’artiste fait toucher un obscène par le jeu qui se noue entre sa voix et les sons des Blue Caps. Il y a là une clarté de fièvre. Parfois la vocifération éraillée et aigue du chanteur se transforme en un écho mourant. Mais dans les deux extrémités vocales es tout ramène à un indicible sauvage. C’est un régal. Tout amateur de rock-pop se doit de posséder ce triple album.



  1. Quel silence. Pourquoi ne pas prendre la parole?