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Desiderii Marginis – Procession (2012 / Cyclic Law)

Après avoir enchaîné les productions notamment chez Cold Meat Industry, le projet Desiderii Marginis du Suédois Johan Levin s’est octroyé une pause plus ou moins longue et plus ou moins forcée, mais nous est heureusement revenu avec cette Procession sur le label Cyclic Law (décidément la maison qui monte en matière de dark ambient ; on en jugera par exemple à l’écoute de la très chouette compilation des dix ans du label, Cycles).

Exeunt les traits folk des derniers albums, mais tout autant les aspects martiaux des origines : Desiderii Marginis livre ici une belle pièce de dark ambient « pur » et chatoyant, qui ne néglige cependant pas la mélodie, même discrète, et se drape volontiers dans des atours orientalisants de la plus belle eau.

Évidemment, tout ceci ne respire pas vraiment la joie de vivre, et suinte même la mélancolie la plus funèbre ; le morceau-titre, sur lequel se conclut l’album, en est un témoignage aussi éloquent que subtil : c’est probablement le point d’orgue du disque, une de ces pistes touchant la perfection que l’on a envie de se passer en boucle (avec le danger toujours présent de se pendre au bout du compte, mais bon…).

D’ici là, cependant, Johan Levin nous a mitonné de très belles compositions, douloureuses et fortes, et il n’y a au final rien à jeter sur Procession. Ce qui n’était pas nécessairement gagné d’avance : s’il est donc des morceaux qui emportent d’emblée l’adhésion – ainsi l’angoissante introduction “Come Ruin And Rupture” et sa suite directe mais plus mélodieuse “Land Of Strangers”, ou encore le très beau “Silent Messenger” –, le reste, mais peut-être est-ce symptomatique du genre, peut tout d’abord laisser vaguement indifférent ; mais Procession est un album qui mérite d’être réécouté, et se dévoile petit à petit dans toute sa finesse.

Les transitions délicates entre les pistes développent un projet global d’une parfaite cohérence, mais qui ne sombre jamais dans la répétition. La subtilité est en effet le maître-mot de Procession, album à l’élégance raffinée. L’auditeur – plus solitaire que jamais – s’y perd avec délice dans un désert onirique, noir et désespéré.

On ne fera peut-être pas de Procession un chef-d’œuvre du genre, mais c’est néanmoins un album tout à fait convaincant une fois apprivoisé. Desiderii Marginis y séduit et envoûte, et on en redemande.



  1. John Warsen on Mardi 2 avril 2013

    Effectivement, à l’écoute, c’est de la bonne. On n’est pas obligé de croire que les amateurs de dark ambient se roulent dans la fange de leur propre morbidité, je trouve que c’est une musique tout à fait saine quand on l’écoute en pleine conscience – après tout, elle ne fait que proposer ses petits rites funéraires à tout ce qui meurt en nous à chaque instant de notre vie – et sans en abuser, évidemment. Les mecs, si vous ne les connaissez pas, je pense que vous êtes mûrs pour le Kilimanjaro Darkjazz Ensemble, ou le Stalker de Lustmord + Robert Rich.