John Mayall @ Blois, La Halle aux Grains – 21 octobre 2010

John Mayall © Yann CharlesJohn Mayall a réussi l’exploit de faire une des carrières les plus longues du blues sans la moindre éclipse ni le moindre tube ! Signe de sa qualité : en dépit du turn-over de ses différentes formations – formées puis abandonnées non par coup de tête mais au gré de ses expérimentations – les amitiés qu’éprouvent à son égard ses musiciens sont durables. Eric Clapton compagnon de ses premières jams en tête, tous sont là lorsqu’il les appellent.

Pour sa nouvelle tournée quasi mondiale et qui traversa la France pendant le mois d’octobre 2010, les Bluesbreakers de son époque anglaise sont à nouveau là pour l’accompagner. Mayall reste avant tout un artiste de live. Souvent les albums enregistrés en public sont choisis pour garder une tension et afin de proposer dans le risque les nouvelles approches de l’artiste même au sein de la Californie qui accueillit d’abord avec curiosité cet anglais venu revisiter la musique black-roots.

Le musicien sut étonner l’Amérique et le monde du pop-rock avec ce qu’à lui seul il incarne : le « blues blanc ». Cela lui valut quelques critiques acerbes dont il n’eut que faire d’autant que l’anglais n’a jamais cherché à copier les phares noirs du genre même s’ils lui servirent de modèles. Ne cessant d’expérimenter à partir de cette musique binaire il la porta vers un ailleurs mais sans en perdre l’âme. Passant d’albums sans batterie (pour écrire par exemple un de ses titres majeurs et prémonitoire : “Nature’s Disappearing” dès 1971) à des formations plus larges, l’artiste a toujours cherché les configurations les plus adaptées afin de donner à son blues la couleur qui l’inspirait à un moment donné.

Les virages étaient parfois violents. Mais les publics US et européens suivirent. Chaque approche « sent » en effet une authenticité profonde en dévers des modes. En ce sens Mayall est par excellence l’artiste idéal pour de ceux qui aiment la musique et qui se foutent des modes. Ils cherchent chez lui avant tout la subtilité d’un jeu fait de chair, d’intensité mais aussi de qualité musicale. Nul autre que Mayall en effet pour introduire des riffs presque imperceptibles. Ils ne sont plus là pour marteler le rythme mais afin de le suggérer.

La longévité du bluesman n’a donc rien d’exceptionnelle. Sa musique nous atteint car elle déclenche un cinéma intérieur. Ce blues aussi roots qu’intemporel remplit. Il vient féconder en nous une germination latente, une vaporisation dont les effluves deviennent un voile palpitant. Jamais parure de pacotille ou simple « genre » le blues de Mayall est donc le carburant nécessaire au moteur humain. Le public ne s’y trompe pas. Il sent combien cette musique le concerne de générations en générations et c’est pourquoi il suit l’artiste. Mieux même pour lui Mayall demeure souvent incontournable.

John Mayall © Yann Charles

Visuels © Yann Charles, avec son aimable autorisation.



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