Peau – Première Mue (2010 – Iris Music/Harmonia Mundi )

peau_vignIl est souvent tentant de deviser sur le temps qu’il fait, dès lors que le verbe se fait rare et les idées taries. Le printemps, saison du changement et du renouveau, est notamment propice aux logorrhées nées du délicat équilibre entre lumière et humidité. Cette fragilité, cette délicatesse, constitue un cadre tout à fait adapté pour évoquer le premier album de Peau, Première mue, qui remporte par ailleurs un vif succès critique.

Les éloges glanés, s’ils ne scintillent pas tels un violent incendie estival, auréolent néanmoins la création de Dame Perrine, pouvant ainsi faire naître les ombres de la suspicion. Le qualificatif de « révélation » ayant souvent tendance à résonner, tel le tocsin, à la moindre occasion, la prudence peut être de mise. Si le recours au substantif mis en question peut sembler inapproprié, car prompt à créer des comparaisons entre œuvres, Première Mue n’en demeure pas moins bercé de qualités.

Les différentes compositions ornant cet album s’articulent autour de la voix, souvent douce mais parfois plus âpre, de Dame Perrine, portée par une orchestration assez minimaliste mais nullement minimale. Le travail est effectué de manière conjugué sur les textes, le placement du chant et les arrangements, et cela est aisément perceptible lors de l’écoute. Les sonorités fluctuent, entre chanson introspective et pop-rock plus enlevé, entre française et anglais. Ces jeux de sons et de langues renouvellent l’atmosphère légère mais non dénuée de tension. Ainsi, « Litanie », récit plongé dans l’absurde et l’onirique d’une découverte amoureuse, maintient un éclairage légèrement inquiétant sur l’état d’esprit de cette jeune femme qui est submergée par ses sentiments.

Un certain équilibre entre les différentes facettes de la réalité de Peau se révèle au fil des notes, entre douceur nacrée, caressante, et sillons sensibles au niveau des articulations. L’ensemble est empreint de légèreté et de sensibilité, mais l’aspect lisse se craquelle néanmoins par endroits, et pas seulement sous les coups de butoir de sieur Chronos.

Bien entendu, Première Mue peut ne pas susciter l’adhésion, et d’aucuns trouveront le tout trop calme à leur goût. Cette remarque peut même trouver un écho chez ceux qui ont apprécié l’album. Une envie de rompre l’enveloppe, de déchirer l’épiderme peut ainsi surgir, dans le fol espoir de mettre le derme à nu et de contempler sa beauté meurtrie. Il y a en effet fort à parier que les retranchements à peine entr’aperçus de l’artiste peuvent abriter des fulgurances insoupçonnées : après tout, on n’écoute pas Fever Ray impunément.

  1. Première mue
  2. Kyle
  3. Enola Gay
  4. Weather
  5. An Apple a day
  6. Litanie
  7. Guerre longue
  8. Sensuelle
  9. Breath
  10. Une Petite pluie
  11. A Few things

Myspace : http://www.myspace.com/peaumusic

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A propos Alkayl
Canard cosmique, rôliste patenté, humoriste parallèle.

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