Best Sunday à Cannes : Ebony Bones au Pantiero – 08/08/2009
Ebony Bones s’est d’abord fait connaître en tant que comédienne d’une série britannique soap à succès. C’est d’ailleurs en patientant entre deux scènes qu’elle écrit un de ses premiers titres « Don’t Fart on my Heart ». Lancé sur MySpace, il retient l’attention de Rat Scabies, batteur des punkisants Damned. Le groupe produit le premier album détonnant et déconnant de l’artiste sous le titre Bone of my Bones (2009, Synady Best, Pias). C’est du Amy Winehouse en pire côté voix, habillement et style. Que dire de plus ou de mieux ? Et cela ne s’arrange pas sur scène (pour notre plus grand plaisir). Les Beth Ditto et Queen Adreena n’ont plus qu’à aller se rhabiller. Même la première ne fait plus le poids… Ebony Bones en fait des tonnes, joue avec les masques, maquillages et les costumes comme elle s’ébroue entre les genres : le funk d’abord mais aussi disco-punk, funk, rock-électro, le hip-hop world et R&B rap and pop.
L’artiste a gardé son prénom d’origine mais y a ajouté une couche par son nom pour jouer la star black-sexploitation qui n’hésite pas à appeler les choses par leur nom mais non sans second degré. Le concert est à la hauteur de son disque. Il est irrespirable tant la musique invente un joyeux bordel à mesure qu’elle avance. Ce chaos organisé mériterait encore du rodage, mais Ebony Bones ne nous laisse pas le temps de juger tant son concert bourdonne, vocifère, rappe et dérape en virages habilement contrôlés et négociés. La musique est plus ici du Bronx que de Londres même dans ses quartiers les plus déjantés. L’exubérance est omniprésente entre des beats premiers africains et des riffs violents. Tout cela sur fond d’une ironique acérée, plus dans le genre des Emerald, Sapphire and Gold que d’une Grace Jones. Chantant mais aussi hurlant, l’anglaise propose des textes décalés pour aborder la racisme, le machisme ou le libéralisme de la City. Rat Scabies a su lui adjoindre un groupe adéquat capable de développer des samples allumés et une rythmique d’ensemble sous amphétamines. Le concert part en tout sens et Ebony Bones ne renonce jamais dans la fulgurance dévastatrice. Et quand ça coince un peu elle passe aux forceps.
La Pythie black est bien la digne héritière des ESG. Comme elles elle pouvait représenter le plus mauvais de l’histoire du rock. Erreur. Elle est l’exemple de l’artiste atypique qui oscille entre punk-rock arty, funk minimaliste, dub et house music. Ebony Bones fait partie des mutantes qui ne cessent de jouer avec leur image, et les images. Elle jongle avec elles comme elle jongle avec les styles musicaux. Au sein d’une facilité déconcertante elle passe d’un punk vitaminé qui fait penser aux Slits à du funk 80’s. Au pire l’artiste restera une véritable curiosité. Mais peut-être marquera-t-elle la musique électro-pop. Certes, il est encore trop tôt pour l’affirmer tant il y a d’étoiles filantes dans ce domaine. Mais par ses concerts comme ses chansons l’artiste allume déjà l’enfer funk discoïde. Le punk arty trouvera peut-être là une icône affirmée qui en se voulant la sirène d’une saison pourrait surprendre par sa longévité. Souvenons-nous de Grace Jones sur laquelle peu de spécialistes avaient parié le moindre kopek.












