Lady and Bird – Paris, 27/10/2009
Voguant sur la vague folk dont elle fut en France une des néo instigatrices des plus probantes, Keren Ann est venue présenter le 27 octobre à la Salle Pleyel les ballades du duo qu’elle a formé avec la chanteur des Islandais de Bang Gang : Bardi Johannson. Ce couple intitulé Lady & Bird a su séduire dans une configuration ambitieuse puisqu’il s’est appuyé sur l’Orchestre Lamoureux. Il y avait un risque. On sait en effet ce qu’il en coûte parfois à la musique pop de s’engrosser d’un orchestre classique. Mais le risque était calculé. Le duo ne faisait que récidiver puisqu’il a déjà enregistré une version live et symphonique de “La ballade of Lady and Bird” lors de son concert donné le 5 juin 2008 en clôture du festival Artfest à Reykjavik. Lors de ce spectacle, Lady and Bird étaient accompagnés par l’Iceland Symphony Orchestra, formation classique de 80 musiciens, dirigé par Daniel Kawka. L’Orchestre Lamoureux n’a pas fait pâle figure à Paris pour lui succéder et accompagner les titres de Lady & Bird ainsi que des morceaux des répertoires respectifs de Keren Ann et de Bardi Johannson réarrangés pour l’occasion.
La soirée savamment construite a permis de donner toute la dimension fantomatique à l’histoire de Lady and Bird, ces deux personnages inventés par Ann et Johannson. Venus du fond des temps ils ont choisi de s’incarner dans des corps d’adultes pour profiter des plaisirs terrestres. Il y a là tout un fond de mystique nordique et tellurique. Les deux artistes la traitent de manière subtile et volontairement naïve autant par leur musique que par leur prestation scénique. La discrète et l’excentrique ont su se lier en imaginative pour faire pénétrer en un monde magique empreint de volupté et de musique. De douceur et d’une innocente feinte aussi. Rien ne fut surjoué dans le concert. La musique se suffisanit à elle même. Juste parfois quelques pointes de trip hop ont pimenté par touches insidieuses l’atmosphère onirique de l’œuvre et de la soirée. Maîtresse du downtempo Keren Ann donne en particulier à la version scénique et symphonique d’un album initialement paru anonymement ou presque dans sa version studio (2003, label Rebel Group) plus qu’un charme : une fascination.
Ce que l’album studio possédait de trop candide est gommé par l’ampleur instrumentales. La reprise du « Stephanie Says » du Velvet Underground comme le thème de la série M.A.S.H., « Suicide is Painless » (titres intégrés dès l’origine dans La Ballade de Lady and Bird) prennent une puissance redoutable d’autant que Keren Ann et Bardi Johannson n’en font jamais des tonnes. Soutenus par l’Orchestre Lamoureux ils se contentent de souligner ça et là les effluves symphoniques. Ils prouvent par la scène une originalité que l’on ne soupçonnait pas. A la mièvrerie possible d’une thématique quasi enfantine fait place l’ambition réalisée d’un ensemble orchestral. Elle rend à la musique pop ce qui lui appartient en propre. Cela est rare même si Bjork avait déjà réussi un tel pari dans lequel beaucoup laissent leur âme. Ce concert séduit autant par sa mélancolie que par sa puissance. Une noce des corps entre plaisir et ascèse, entre amplitude et recueillement émerge en une musique aussi méticuleuse, discrète qu’inventive.













j’adore KEREN ANN….. depuis la toute premiere fois ou je l’ai entendu chanter ;
j’ai eu la chançe de là voir deux fois sur scène : effectivement , elle exerçe une fascination .
merçi pour cet article remarquable , qui, en plus , évoque BJORK ( autre grand coup de coeur ) !!!