Sziget 2009 : dernière partie
Le week-end. Le samedi et le dimanche arrivent non seulement à la fin de chaque semaine de l’année, mais ils closent aussi les 5 jours du festival hongrois.
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Jour 4 : samedi 15 août
Le 15 août est traditionnellement férié en France, puisqu’il s’agit d’une fête religieuse chrétienne dont personne ne sait plus trop à quoi elle correspond. Au Sziget, les jours de festivité à vocation spirituelle ne répondent à aucune autre religion que celle de la musique, donc point de trêve, bien que certains semblent en avoir besoin. L’après-midi début sur la scène de la télévision musicale locale, la MR2, avec le groupe hongrois Brains. Distillant un breuvage Pop/Fusion/Néo/Drum and Bass/Hip-Hop/World à la Asian Dub Foundation en moins bien, ces vedettes magyar malgré leur énergie ne parviendront pas à faire se lever la moitié de leur public, épuisé par les 3 jours précédents, à peine réveillé (il n’est que 18h du matin) et qui préfère assister à la performance assis.
Décidément, le chapiteau de l’Arena nous aura vu défiler tous les jours ! 19h30, les américains de The Crystal Method ont attiré la foule qui se tasse dans la tente. Les deux bonshommes arrivent sur scène, et c’est l’explosion auditive au sens propre. J’ai beau porter des mousses de protection, j’entends clairement que le son est monumentalement fort. Je ne souffre pas, mais à la façon dont vibrent les os de mon crâne, je devine que sans les boules Quiès j’aurais eu très mal. C’est l’extrême inverse de la veille, où l’on n’entendait presque rien.
Le duo californien consiste en Scott Kirkland qui se tord de plaisir sur ses claviers (troublant… et rigolo) et de Ken Jordan qui reste presque totalement immobile, contrastant carrément avec son comparse. Toutefois, si l’on arrête de regarder le perturbant Kirkland qui paraît jouir sur ses tables de mix, toute langue dehors, lèvres baveuses et yeux exorbités, difficile de ne pas prendre son pied. Les tubes s’enchaînent (”The Name of The Game”, “Trip Like I Do”…) dans une puissance phénoménale et sans le moindre accroc.
Quelques minutes de marche nous attendent après la fin du set, car c’est vers Placebo sur la grande scène que l’on se dirige. Le déplacement n’en vaudra pas vraiment la peine. Brian Molko est bouffi et sa musique a pris du bide. Nous aussi, puisqu’on en parle ; et un énorme coup de fatigue. Placebo n’aidant pas à se réveiller, on fait l’impasse sur Eric Prydz programmé à 1h, malgré l’envie de le voir. On rentre faire la fête en ville, mais pas trop tard. Bientôt la fin…
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Jour 5 : dimanche 16 août
C’est le dernier jour, et ça se voit. Le sol est jonché de semi-cadavres de toutes les nationalités, et on est pas loin d’être dans le même état, malgré que l’on se soit économisé (pas trop bu, pas trop veillé, pas fait de saut à l’élastique ni de combats d’épée). Pour une raison assez simple : ce soir est supposé être le plus important pour nous. Coldcut, Offspring, Faith no More, Squarepusher, Life of Agony, Paul Oakenfold (avec une impasse sur les Naïve New Beaters, qu’on aura facilement l’occasion de revoir une prochaine fois), ne sont que les parties émergées de l’iceberg, car on laisse toujours une porte ouverte aux découvertes.
Mais le premier concert du jour sera finalement une déception énorme. Coldcut joue à l’Arena. L’homme arrive, nous fait un speech pour nous présenter son projet vidéo (ok, on va avoir droit à un concert-concept) et accueille sur scène un quatuor à cordes. Prometteur. Sauf que…
Coldcut a été la plus grosse arnaque du festival. Le concert est introduit par “Genesis” des Justice, tout comme des centaines d’autres sets ou concerts le sont depuis la sortie de cette chanson. Sur l’écran géant, défilent des images de lave en fusion, d’explosion de croûte terrestre. Ah, oui : la “genèse” de la planète. D’accord : concept. Le titre des Justice ne bénéficie d’aucune personnalisation. Et les morceaux qui suivront, pas plus. Presque aucun titre de Coldcut, que des morceaux des autres, sans touche personnelle. Les deux compères se contentent de passer des disques, les mixant à peine. Le quatuor à cordes est totalement inaudible les rares fois où il joue. A l’écran, on reconnaît des images de Yann Arthus-Bertrand, des stock-shots vus sur Arte ou dans des pubs. Je résume : Coldcut mixe des morceaux qui ne sont pas d’eux avec des vidéos qui ne sont pas d’eux et un quatuor à cordes qu’on n’entend pas et dont on se demande s’il n’a pas été outrageusement emprunté à un orchestre présent ce jour-là. Pis, le groupe nous fait l’affront de nous faire croire à un concert intelligent, qui amène le public à réfléchir profondément. J’applaudis la sournoise escroquerie, et décampe vite de la tente Arena.
Ce départ précipité sous le coup de la colère nous aura permis de nous rendre au concert des Offspring, et par-là de nous calmer net. Car au moment où l’on arrive, Dexter Holland est en train de massacrer un de ses pauvres titres, “Gone Away”, qu’il chante seul avec un piano. De la rage, on passe au fou rire. Et parce qu’il ne faut abuser non plus, on passe à table en attendant Faith No More.
Faith No More est un groupe mythique que je connais très peu. Je fais une allergie sévère aux délires de Mike Patton, le chanteur génial mais énervant qui officie dans autant de formations que j’ai de doigts aux deux mains. Alors si je veux les voir, c’est par pure curiosité : découvrir sur scène le groupe qui a plus ou moins inventé le néo et la fusion.
Il paraît que certaines allergies guérissent par exposition directe et prolongée à l’élément allergène ; la mienne ne s’est pas soignée. Je n’arrive pas décidément pas à digérer Mike Patton. Entre hurlements, gargarisme, roulades et autres défis improbables (dont celui de chanter avec un lacet de chaussure dans la gorge…) le chanteur propose un spectacle éprouvant tant pour les yeux que pour les oreilles. On adore ou on déteste, mais impossible de rester insensible au personnage (phrase préfabriquée numéro 6).
La honte m’accable, mais Faith No More aura été le coup de grâce. N’en pouvant plus, nous abandonnons tout projet pour la suite. Mine de rien, on a cinq journées intenses dans les jambes…
Quel bilan tirer de ce festival ?
Globalement, la déception vient souvent des grandes têtes d’affiche. Elles n’ont rien à prouver, et même si c’était le cas, le programme chronométré à la seconde près ne permet pas aux grands de s’épanouir. En outre, à part de rares artistes, la plupart considèrent l’étape du Sziget comme une date parmi d’autres dans leur tournée.
Ensuite, la semaine entière est très fatigante, bien que j’y aie été préparée. Si vous comptez tout faire, prévoyez des fringues et chaussures minables (puisque vous allez les pourrir, autant achever celles en fin de vie), mais confortables. Si vous plantez la tente, arrivez en avance, placez-vous assez loin des toilettes (beuarg !) et n’oubliez pas les boules quiès et le masque pour dormir au mieux. N’oubliez pas la lampe torche, bien qu’il fasse jour très tôt (vers 4h) et si vous avez la même tente que tout le monde, plantez près d’elle un repère pour l’apercevoir de loin (drapeau, peluche, guirlande). Préservez vos oreilles avec des bouchons, en particulier dans les chapiteaux. Bien sûr ne laissez rien traîner de valeur dans les tentes, qui se font régulièrement fouiller. Et surtout, soyez raisonnable : ne vous prenez pas une murge dès le premier soir, ça vous gâchera absolument tout le reste de la semaine, car il est difficile de bien reprendre ses esprits – dormir, se doucher, il faudra oublier. Alors pensez que le lendemain de cuite durera 5 jours…
Côté bons plans, sachez que vous pouvez emporter votre matériel photo ou vidéo sans problème ; qu’il y a un choix énorme de nourriture, de la pire junk food aux mets les plus équilibrés (fruits, légumes, plats végétariens…) ; que vous pouvez entrer avec vos propres vivres, à part l’alcool ; qu’il existe pléthore d’activités non musicales pour vous divertir ; et en dernier conseil, n’hésitez pas à explorer l’inconnu, mais aussi la belle cité de Budapest.














We did it !