Pete Yorn & Scarlett Johansson – Break Up (2009)
On se méfie toujours lorsqu’une actrice se mêle de musique. Qui plus est lorsqu’il s’agit d’une des plus en vue d’Hollywood depuis sa révélation dans le “Match Point” de Woody Allen, dont elle devint l’égérie pour trois films. C’est là mal connaître le système américain : les artistes y sont souvent transversaux. C’est ignorer qui plus est la carrière de Scarlett Johansson. Celle qui est devenue une star people reste aussi et malgré tout une chanteuse à part entière. Sa carrière vocale n’a donc rien d’un de ces “coups” auxquels sont parfois soumises des actrices dont on parie sur le physique et le prestige afin d’engranger des bénéfices. On connaît ça aussi en France : Adjani grâce à Gainsbourg pour le meilleur et Bardot malgré le même pour le pire.
L’album Anywhere I Lay My Head, un “premier” album de reprises de Tom Waits, sorti l’année dernière et produit par Bowie était déjà surprenant et plus qu’anecdotique. Enregistré en 2006 (soit deux ans avant ce premier album), Break Up est plus captivant encore. Il ne réunit que 9 titres. Tous sont passionnants, en particulier ceux qui font dans la folk sentimentale mais non mièvre. Il y a bien sûr du sucre mais pas mal d’amertume dans ses mélopées. Elles virent parfois vers une pop plus musclée pour dire les incertitudes de la vie sentimentale dans le monde postmoderne qui n’est pas forcément fait pour les roucoulades “sentimentiques”.
La plupart des morceaux sont interprétés en duo. Scarlett Johansson fait la part belle à Pete Yorn. Il n’est pas pour rien dans la réussite d’un album souple, incisif, malin dont le premier titre, “Relator” (en écoute gratuite sur Internet) a tout pour devenir un tube. Yorn en est même l’instigateur. Il a imaginé dans l’urgence (d’où le naturel de l’ensemble) le concept de cet album. Certains jugent utile de la comparer aux enregistrements de Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot dans les années 60. C’est faire peu de cas du talent vocal de Johansson. Il existe chez elle un réel talent d’interprète douée. Elle a trouvé dans l’univers de son mentor de quoi exprimer un éventail de sensations.
Certes on ne pourra décoller l’image visuelle de l’image sonore de la star et de l’album. Il y a fort à parier que l’album connaîtra un succès ambigu. La plastique de son interprète va faire autant pour sa réussite que sa voix. Ce n’est pas une raison pour bouder notre plaisir musical. Ce qui pourrait sembler tiré d’une commode n’est pas qu’un fond de tiroir. On se complaît souvent, pour tirer non sur le pianiste mais sur la chanteuse, à traiter d’approximation vocale ce qui est chez elle une manière de moduler par une sorte d’affaissement volontaire ou d’abandon un trouble sensuel. Ce style de scansion procure une simplicité communicative dans à un album qui consacre l’actrice comme chanteuse. Elle revisite avec grâce (vocale) autant la tradition folk tout comme des atmosphères plus alambiquées. Break Up fera n’en doutons pas l’actualité. On veut simplement souligner ici sa qualité et le plaisir qu’il procure.












