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plaistowLe trio genevois Plaistow est constitué par Cyril Bondi (batterie), Raphaël Ortiz (basse) et Johann Bourquenez (piano). Le nom du groupe est celui d’une station désaffectée de métro de Londres. Mais il s’agit aussi d’un titre du producteur et bassiste de Londres de Squarepusher sorti lorsque les Genevois créèrent leur trio. Un critique a trouvé une troisième racine à ce nom : le mot signifie « terrain de jeu » en vieux anglais. Le groupe l’ignorait mais quand il a connu cette acception il ne l’a pas renié. Au contraire : il existe en effet chez les trois suisses (experts en filatures sonores) une part de jeu.

Pour autant ce jeu est sérieux. Il est constamment axé sur des sonorités labyrinthiques expérimentées selon diverses stratégies mais dans lesquelles l’effet de nappes minimalistes restent majeures. Lacrimosa le prouve en dévoilant deux plages apparemment différentes. Toutefois, si on les écoute avec attention (ce qui est un plaisir) la même structure (évidente dans le premier titre, plus subliminale dans le second) apparaît.

Avec le premier, le trio se lance dans un exercice de style puisque “Lacrimosa” est culturellement et musicalement parlant un temps de la messe de requiem où l’on pleure les morts. Il se caractérise ici par le développement d’une « duration » (Morton Feldman) minimaliste qui passe de la gravité à l’apaisement. Quant à “Cube” il évacue tout autant les facilités mélodiques au profit d’une évocation plus rythmique mais qui insensiblement se déplace par les motifs répétitifs du piano vers une douceur subtile. Les deux morceaux restent des modèles de construction. Ils font de ce Cd – fruit pourtant d’un projet avorté – une œuvre majeure à placer d’emblée parmi les quelques opus qu’il faudra retenir de l’année.

Il prouve qui si jusque là Plaistow était réputé pour ses sets live il est tout autant un groupe de studio. Les Genevois explorent de manière totalement originale les possibilités du trio jazz classique. Le pianiste du groupe (Bourquenez) a d’ailleurs senti la nouveauté qu’un tel travail proposait. Il appelle non sans raison « Post-Jazz » la musique de son groupe. Certes, il a soin de préciser « cela ne veut rien dire et cela permet de tout dire » . Dont acte. Pour autant ne nous y trompons pas. Il y a là pour tout amateur de jazz digne de ce nom la perception d’une écriture nouvelle qui en caressant Thanatos sait aborder l’Eros. Ni trop long, ni trop court le format temporel de “Lacrimosa” est parfait : on n’en décroche pas. Une fois l’écoute terminée, le désir prend de reprendre le CD afin de savourer ses béances abyssales, ses nappes plaintives. Et la sérénité qui dans les deux morceaux finit par envelopper.



  1. Quel silence. Pourquoi ne pas prendre la parole?