DRONE OBLIQUE
Sunn O))) est un groupe américain de drone metal, proche de l’ambient dark et du black metal. Il est constitué principalement du duo Stephen O’Malley (rencontré naguère dans Khanate et Burning Witch) et Greg Anderson qui ont emprunté leur nom au logo d’une marque d’amplis. Monoliths and Dimensions est le septième album des gars de Seattle. A la basse et aux guitares poussées à l’extrême viennent se joindre flûtes, cors, harpes, et cordes en ce qui représente l’opus le plus abouti des Sunn O))). Ils avaient fait grande impression lors de leur concert au Villette Sonique à la Grande Halle de la Villette à Paris en Mai. Et l’on attend déjà son apparition sur la bande originale du nouveau film de Jim Jarmusch qui sortira en décembre.
O’Malley cultive le look métal, mais sur scène il porte comme ses comparses des robes de moine afin (c’est au moins sa justification) d’édulcorer tout ego et pour que le public ne porte son attention que sur le son. De fait, effectivement, il n’y a pas grand chose à voir. Mais beaucoup à écouter. Tout se passe devant un mur d’amplis. Il crache une nappe sonore lourde. L’expérience est saisissante. Comme est saisissant Monoliths and Dimensions même s’il s’ouvre sur le moins bon des quatre morceaux qui le composent. La voix toute en scansions du chanteur bulgare Attila Csihar (déjà entendu sur d’autres albums du groupe) y clame une sorte de poétique mise en sons dans un arsenal baroque que renforce un chœur de voix féminines, trompette, synthé et cordes (n’en jetez plus…). Pourtant dans le genre Sun O))) est très éloigné des compositions farcesques à la Metallica et au trip Metal commercial qui va chercher dans l’orchestration symphonique de quoi se refaire, faute de réelle inspiration, une santé.
Pour cet albumSunn O))) a fait appel à Eyvind Kang, spécialiste d’une pop très avant-gardiste. Fidèle tant à son esprit qu’à celui du groupe, il a su introduire de la finesse dans l’immense boue sonore crachée à plein régime. L’effet est saisissant. Ce qui pourrait ressembler à un magma se découpe en divers strates parfois stridentes. Certes, le son lourd et lent demeure par l’utilisation expérimentale de droning guitares. Elles donnent à l’ensemble et en dépit de la masse sonore (ou à cause d’elle) un caractère introspectif. Mais l’adjonction de divers « ingrédients » inattendus allège la sauce goudronneuse. Ce drone metal dark ambient est impressionnant. Il est d’ailleurs justement reconnu en particulier sur les deux côtes des USA. Rappelons à titre d’exemple que là-bas, l’album White 1 fut nommé parmi les 20 meilleurs albums juste après le Back is Black de AC/DC et le I Care Because You Do de Aphex Twin. Or Monoliths and Dimensions est encore plus puissant que White 1…
A Paris au lieu de jouer ce nouvel album le groupe se « contenta » de décliner des démos. Elles soulignaient déjà le lien créé par le groupe entre metal et musique contemporaine. Ouvert à de nouvelles sonorités le drone metal est chez Sunn O))) plus complexe et ramifié qu’ailleurs. Il s’appuie sur des accords amplifiés par feedback et donne un aspect hallucinatoire à une musique qui envoûte et submerge de son « chaosmos ». Sans pose, sans strass, le groupe développe un ensemble aussi bruyant que minimaliste. A ce titre le quatrième morceau (« Alice ») de l’album est une sorte de perfection. Il concasse les murs du metal pur et dur. En émerge une recherche sonore complexe. Elle refuse cependant des effets trop formalistes. En ce sens et par d’autres voies on peut rapprocher le groupe des Sonic Youth. Sunn O))) est donc le symbole d’une musique libre et d’un genre libéré. Sa musique d’essence lyrique prend par revers la manière d’envisager le son. Elle établit une singularité très nord-américaine et établit une passerelle entre deux cultures : la populaire et une qui se veut moins séculaire et plus élitiste.













Quel silence. Pourquoi ne pas prendre la parole?