Colin Blunstone – The Ghost of You and Me (2009 – Ennismore/Absolute)

FANTOME QUE FANTOME

 

Colin Blunstone - The Ghost of You and Me Au début des années soixante, Les Zombies firent de l’ombre jusqu’aux Beatles avec entre autres le titre planétaire : « She’s not there » repris plus tard par Santana. Colin Blunstone et Rod Argent étaient à la tête de ces morts-vivants pétillants. Ils finirent par se séparer une première fois en 1968 juste avant la publication d’un ambitieux album pop psychédélique Odessey and Oracle. Le groupe a depuis essayé de se reformer plusieurs fois. Récemment encore – un peu comme Lou Reed l’avait fait avec sa reprise de son Berlin - il est remonté sur scène pour présenter sur scène cet Odessey and Oracle jamais performé jusque là. Mais dès 2002 Colin Blunstone, après être retourné travailler un temps comme agent d’assurance, enregistrait son premier album solo One Year, réédition perverse de vieux morceaux du groupe original. On retrouve aujourd’hui sa voix considérée comme une des plus “vaporeuses” (mais qui garde quelque chose de fausset) de la pop anglaise sur un album très inégal, The Ghost of You and Me.

 

Passons sur les paroles. Elles restent dans le genre mièvre du dépit amoureux. Si bien que quelque fois il est bon d’ignorer l’anglais afin de faire aisément l’impasse sur cette poésie à deux balles. Quant au reste l’impression reste mitigée. L’intérêt qu’on porte à l’ensemble tient sans doute pour une grande part à la mémoire des Zombies et à son chanteur charismatique. On est loin cependant d’une originalité fracassante. Si Colin Blunstone n’avait pas une telle carte de visite l’impasse aurait été immédiate tant The Ghost of You and Me sent le rock ou plutôt la pop FM. L’auteur semble n’avoir rien de mieux à faire que de rafistoler sa veine créatrice de sonorités d’ici et maintenant (enfin le croit-il…). En soi l’objectif est sans doute louable. C’est en tous les cas mieux que de faire du néo-Zombies. Mais il faut attendre les derniers morceaux du CD pour se sentir quelque peu touché par un ensemble qui après nous avoir assommé retrouve une certaine sophistication sans apprêt.

 

On sent tout au long du C.D. l’influence – et pas forcément pour le meilleur – qu’a eue Alan Parson sur Blunstone avec lequel il collabora un temps. L’ensemble demeure ampoulé, sirupeux et pleins de tics qui ont fait leur temps. Il est donc toujours aussi difficile de revenir sur la scène Pop ou, si l’on préfère, il semble presque impossible d’être et d’avoir été. Les exemples sont nombreux, de JJ Cale aux U2 sans parler des Who et leur horrrrrrrrrrrrible Endlesswire. A trop cultiver l’emphase baroque d’arrangements à la Alan Parson Project, The Ghost (ombre de lui-même) se perd le plus souvent dans ses propres dédales. Rien n’y fait, on voudrait retrouver des dépouillements, une épure qui rendraient l’ensemble écoutable. Mas c’est peine perdue. A l’évidence naturelle qui animait les Zombies de la grande époque fait place ce fantôme qui n’est que fantôme.



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