Melody Gardot à l’Alhambra, Paris – 13/05/09

Pour la promotion de My One and Only Thrill, Melody Gardot traverse la planète. On aime beaucoup en France cette artiste américaine car elle reprend la veine des chanteuses plus ou moins jazzy à la Norah Jones. Après Worrisome Heart qui la consacre comme artiste internationale et valeur commerciale sûre, elle publie en 2009 My One and Only Thrill produit par Vince Mendoza grand arrangeur devant l’éternel. On l’aime aussi pour son parcours existentiel : à Philadelphie où elle est née en 1985, elle est renversée par un 4×4 alors qu’elle était à vélo. Elle se retrouve polytraumatisée avec d’importantes lésions cérébrales et perd toute sa mémoire. Un médecin est persuadé que la musique pourrait aider à la reconstitution de réseaux neuronaux. En suivant sa musicothérapie, Melody Gardot se met à jouer sur une guitare et compose ses premières chansons. Elle puise dans ce trauma l’énergie pour devenir l’artiste qu’elle voulait être 3 ans plus tôt lorsqu’elle jouait au piano dans les restaurants de Philadelphie. On va donc voir son spectacle comme pour assister – un peu en voyeur – à une rédemption.

 

Toutefois son spectacle reste beaucoup plus séduisant que ses CD. Écoutés sans déplaisir ils s’oublient dès la consommation terminée. A l’inverse son show provoque paradoxalement une impression moins fugace. Jouant parfois sur un langage qu’on pourrait prendre pour du scat (ce que l’artiste refuse : “je me sers de la langue des bébés, la langue d’avant le langage”), l’artiste est plutôt impressionnante car habilement mise en scène : lunettes noires, canne, talons aiguilles, rouge Chanel : le look est parfait. Mais le ramage suit le plumage. Commençant son spectacle a cappela par le morceau “No More My Lord” d’Alan Lomax elle entame une ascension en prenant appui sur ce chant aussi funèbre que d’espérance.

 

Celle qui se dit fan des Radiohead, de la musique brésilienne et du jazz a tout d’une bête de scène. Jouant de ses handicaps physiques elle les retourne contre le public pour le séduire et le charmer. Ce dernier est d’ailleurs très éclectique et semble ravi d’être devant celle que beaucoup semblent prendre pour une apparition quasi divine. On le sait les latins aiment le fantastique et en son genre l’artiste est une miraculée. Sans tomber dans leur béni-oui-ouisme il faut convenir que l’artiste est une « entertaineuse » dans son genre. Agrippée à son micro (elle donne l’impression parfois que si elle ne s’y retient plus elle va tomber) elle fait partie de ses artistes dont le jazz garde l’exclusivité. Sans doute parce qu’il est pas excellence, le medium de la douleur se métamorphose en joie faisant passer de la crucifixion à la renaissance.



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