Modern Cubism – Les Plaintes d’un Icare (2009 – Sleep Walking Records)
LE SPLEEN DE BRUXELLES
Résolument alternatif, pour son premier album Modern Cubism a fait appel à un parolier de choix : Charles Baudelaire himself. Le compositeur (complétif de l’auteur des Fleurs du Mal) et producteur Jean-Marc Mélot (Aworks), le chanteur Jean-Luc De Meyer (Front 242 et 32crash) se sont faits accompagner pour cet hommage d’une chanteuse lyrique de choix : Fabienne Danloy. Il est étonnant qu’un groupe belge se consacre à l’œuvre de Baudelaire. Ce dernier eut la Belgique en horreur (cf. son « pauca mae ») ! Mais il est vrai que le poète fréquenta le pays au pire moment de sa vie : à savoir son crépuscule trop tôt venu mais déjà très avancé…
Peut-être, et par un chemin inverse, le groupe a-t-il cherché dans le dépaysement poétique (l’exotisme baudelairien) une façon de favoriser son enracinement dans sa terre natale ? Son électro expérimentale s’est gonflée pour cet éloge au poète de manière aussi organique, orgiaque, torturée que bouillante. Hélas elle demeure par trop expressionniste. La violence surgit de manière illustrative et la voix de Fabienne Denloy, en dépit de sa qualité, n’est peut-être pas ce qui convient le mieux à l’auteur du « Spleen de Paris ». Toutefois la création sonore donne une présence à la solitude subie irrévocablement par le poète. Modern Cubism ne l’a pas perdu de vue. En voisin ils viennent lui donner des cabrures et des torsions originales qui suivent fidèlement l’itinéraire intérieur du poète.
On attend cependant que le groupe prenne peu à peu l’initiative de sa propre destinée sans des adjuvants littéraires. Ceux-ci forcément risquent de l’étouffer. Modern Cubism peut oser. Oser plus et se laisser aller à ses propres vagabondages. Et ne pas se limiter comme il en a l’intention à des projets de types poétiques. La musique en effet est une affaire de sons plus que de mots. Les premiers, on le sent, recèlent ici un caractère riche et racé. Ils doivent s’enraciner encore plus dans la propre texture « littéraire » du groupe. Certes Mélot n’écrira pas du Baudelaire, mais la composition possède des particularités que la poésie (même la plus haute) ne possède pas forcément. Le groupe doit donc se faire confiance et se suffire à lui-même.












