Corbier – Presque parfait (2009 / La Voix de 100 mètres)
Corbier sur les Immortels. Sur le blog qui se proclame celui des musiques alternatives. Parfaitement ma bonne dame. Et c’est parfaitement justifié.
Que ceux qui ont gardé de l’homme à la barbe fleurie l’image du trublion du Club Dorothée se réveillent : l’émission s’est arrêtée depuis de longues années (une douzaine en fait), et l’animal ne joue pas les prolongations sur IDF1. Il continue à exercer son métier, celui-là même qu’il exerçait avant de se retrouver dans la boîte à images : chansonnier. Un pied posé sur la dalle du passé, mais les sens résolument tournés vers l’avant, François Corbier offre avec Presque parfait un successeur à Tout pour être heureux.
La référence au passé n’est nullement péjorative. Elle prend seulement en considération l’état de ce qui emporte aujourd’hui toutes les ventes. Les composantes principales et récurrentes de cet album, textes travaillés et à multiples lectures, instruments acoustiques, sobriété dans les arrangements sonnent furieusement rétro pour beaucoup. Une manière de créer et vivre sa musique « à l’ancienne », à 100 lieues du déhanché d’une Rihanna, qui renvoie au temps ” [des] chanteurs de l’ossuaire”.
Mais un regard porté vers l’avant donc. Un œil est certes jeté en arrière, faisant ainsi revivre des figures d’autrefois, mais sans nostalgie excessive. Le conte, l’imagination sont au cœur des compositions, tissant des fables qui se laissent lire et relire, pour révéler une vision plus acerbe sur les jours actuels et à venir. Pas de satire sociale dégoulinante et baveuse, juste une porte entrouverte sur des éléments qui grattent.
Une note de légèreté perdure néanmoins au gré des notes, comme pour signifier à l’auditeur qu’il ne sert à rien de s’énerver dans son coin. Ou tout du moins qu’il ne faut pas faire que cela. Des pointes d’absurde viennent réanimer le sourire sur les lèvres les plus amères, comme avec “Minuit vingt”, bijou d’absurde qui succède à “Pour Dieu, pour Dieu” au ton plus pesant. Ce morceau là, tant par son ordre d’entrée en scène que par sa teneur qui rappelle « La Vierge au Dodge » de Hubert Félix Thiéfaine, montre bien le champ des possibles de Corbier, allant du drame au grotesque. Et à chaque fois dans la bonne acception du terme.
Pourquoi écouter Corbier aujourd’hui ? Parce que cela caresse l’oreille sans anesthésier le cortex. C’est une raison autrement plus valable que des réminiscences d’émissions de divertissement. Par ailleurs, il semblerait que même ceux qui ont à subir les exactions du groupe AB soient en mesure d’apprécier la prose et les cordes du poète au Stetson. Comme quoi le ukulélé est plus fort que la plus tenace des rancunes.

01 – Nucléaire
02 – Les Chevaux de Marly
03 – Le Corbeau et le lapin
04 – L’Oiseau bleu
05 – Jean-Jean
06 – Les Chanteurs de l’ossuaire
07 – La Louve
08 – Brune
09 – 1,2,3…
10 – Pour Dieu, pour Dieu !
11 – Minuit vingt
12 – Bilan début du siècle 21
13 – Bahamas
14 – Chocolat
15 – Presque parfait
16 – Nucléaire (version longue)
Site : http://www.francoiscorbier.com
Crédits :
* Vignette de « Une » : Benoît Derrier
* Photographie de fin : Doune
* Pochette Presque parfait : Wilfried Roux












