Queen Adreena en tournée

Queen Adreena live

Le mois de mai aura été celui du french tour de Queen Adreena. Pourtant le passage dans l’hexagone des Anglais s’est vu éclipsé par des évènements culturels de plus grande envergure tels que le festival de Cannes. S’il fallait rapprocher ces deux événements qui apparemment n’ont rien à voir, le bon lien serait le dernier film de Lars Von Trier présenté sur la Croisette : Antechrist. Katie Jane Garside, la chanteuse du groupe semble en effet une clone, une hybride ou une soeur – sans doute incestueuse… – du personnage incarné par Charlotte Gainsbourg dans ce film.

La chanteuse (comme le personnage féminin de Von Trier) aime se donner des verges pour se faire battre. Elle place volontairement des éléments gores et malsains dans son jeu scénique comme dans ses textes. Mais c’est tant mieux. Le groupe perturbe. Il occulte bien des concerts qui à l’aune du leur passent pour obsolètes et ringards. Sur scène comme sur CD Katie Jane Garside n’hésite jamais à incarner la femme en tant que mal absolu et devient une sorcière (des plus sexy) nimbée dans un univers glauque que ne pourrait renier le réalisateur danois. Entre hystérie et perversité, tout un univers terrifiant mais bien vivant est planté. D’un côté la voix fragile presque exsangue propre à produire le dernier souffle d’une mort prochaine (petite ou grande…). De l’autre l’atmosphère étouffante d’une rythmique de plomb. Elle fait se déhancher et se déchirer (de ses quelques frêles habits soyeux sur son corps blême, have, anorexique) la chanteuse devenue pour un temps la proie de sa propre musique qui semble l’autodétruire.

On pourrait se retrouver guère éloigné du grand guignol (qu’un “Iguane” en son temps avait expérimenté…). Mais de fait on se retrouve à des années lumières d’un baroquisme de façade. Entre fragilité et puissance la magie opère. Ce qui se laissait entendre – dans « Taxidermy » , « Drink me » et « The Butcher and the Butterfly » (surtout) – de sauvage et d’instinctif saute aux yeux en prenant sur scène une couleur particulière (et astucieuse). Parfois surgit un chaos presque bruitiste où le filet de voix de la chanteuse gagne paradoxalement une force inaccoutumée. Et si le mot de performance a un sens il faut l’accorder à un tel groupe et surtout à sa chanteuse charismatique.

Jetant par dessus bord les grandes idées sur la musique ou sur le monde Queen Adreena fait de son art sonore et visuel une histoire de corps, de corps terrible et fascinant à la fois. Le groupe travaille l’énergie afin de la pousser à bout dans une sorte de souffrance et parfois aussi d’autodérision. La chanteuse va jusqu’à se faire passer avec délectation pour ce qu’elle n’est pas : « connasse » (en français dans l’original anglais), stupide, niaise. C’est une manière de dire aux spectateurs “tu me prends telle quelle ou je te fais partir et si tu m’abîmes je deviendrai méchante”. Dans tous les cas le résultat est le même : en frappant fort le groupe tranche dans le vif. Les musiciens jouent les bouchers et la chanteuse la venimeuse Butterfly. Sachant que toute sobriété est cause de perte, le groupe a donc choisi l’excès comme esthétique suprême. De l’horreur au sublime l’écart est mince : Lars von Trier et Queen Adreena le rappellent chacun à leur manière.



Commentaires

1 commentaire to “Queen Adreena en tournée”
  1. Jo says:

    Queenadreena. Le concert le plus insipide que j’ai jamais vu, je pense.

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