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Abberline

Sous des lignes de fonds récurrentes et envoûtantes ponctuées d’une rythmique puissante sans être pesante, Abberline distille son venin. Il émerge en un cérémonial sonore où la voix grave du chanteur insuffle une gravité supplémentaire à l’ambiance spectrale de Lone Ranger. Preuve qu’il n’est pas besoin de faire dans le hard gothique pour donner des sueurs froides. Les Abberline préfèrent une approche plus subtile ou stratégique. Ils n’hésitent pas à brouiller les pistes non seulement des genres mais de leurs proportions sonores. Par exemple un sifflement vocal pourrait faire penser à une musique de film noir du genre plutôt héroïque mais soudain il s’efface pour faire pénétrer dans une atmosphère plus nocturne à la Sleepy Hollow de Burton.

Elle rappelle un peu ce que la New Wave offrait lorsqu’elle se défonçait dans le blafard d’un délire décadent (trop parfois jusqu’à sombrer corps et bien). Mais là encore un dégagement a lieu. Les synthés ici sont bien plus performants que ce qu’ils étaient à cette époque. Ils déploient un univers psychédélique d’un genre original. Surgit l’impression d’une avancée nocturne pleine de spleen. Mais pour une fois cette effluve baudelairienne n’est pas purement nostalgique tant l’œuvre reste ancrée dans un présent (à l’image de ce qu’il est réellement : plus noir que rose). Bref un présent avec peu d’avenir.

Abberline cultive sans postures ni impostures le noir. Et plus que jamais, avec eux, ce dernier est une couleur. Une couleur musicale qui aurait pu séduire un Edgar Poe. D’autant que la voix du chanteur possède des accents d’outre-tombe afin que la musique flamboie dans l’horrible pour en découdre avec lui. Le groupe évite cependant la surenchère facile sur laquelle il pourrait feindre de cicatriser le fractal de l’horreur sur des nappes sonores pompeuses. Tout est plus sophistiqué chez ceux dont le nom est à lui seul une pétition de principe. Il vient d’un personnage emblématique : Frederick Abberline. A savoir le commissaire qui enquêta sur les meurtres que Jack l’Eventreur commit dans le quartier de White Chapel à Londres ! On comprend donc on l’on bascule. Mais – et il faut le dire – avec délice.

Les Toulousains réussissent donc au mieux la création d’un univers aussi glacial que morbide mais dans lequel la musique reste ambivalence. Elle navigue entre cynisme et décadence. On est pris entre empathie (pour les glissements sonore ) et antipathie (pour l’atmosphère qu’elle génère). Ce décalage est aussi rare que réussi. Abberline invente par sa maîtrise un abîme de perplexités et crée la froideur mécanique nécessaire à la gravité de l’opus, à son univers d’où l’affect semble exclut. Non pas parce qu’il n’existe pas mais parce qu’il est trop fort et qu’il peut dégénérer dans des extrêmes où les âmes meurent aussi.

abberline-pochetteReste – comme les victimes de Jack The Ripper – à succomber. A la fois sous les coups des ponctuations de la basse et de la batterie qu’au sein des élégies lancinantes et douloureuses qu’elles sous-tendent. On aime cet aspect pernicieux de ce glam particulier. Il ne succombe pas aux affres du grandiloquent trop voyant. Pour qu’on soit voyeur-auditeur il fallait trouver la bonne mesure, le dosage parfait pour relever ce défi. Abberline l’a bien compris. Et l’on se laisse embarquer pour ce voyage dans un univers claustrophobe à souhait, un voyage jusqu’au bout de la nuit.

http://www.myspace.com/abberlinemusic

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  1. Jonathan on Lundi 11 octobre 2010

    oui j’ai écouté, c’est un peu pompeux et prétencieux non?

  2. Daphné on Lundi 11 octobre 2010

    Teuh teuh teuh,il faut dire « baroque » ! ;)

  3. chris on Lundi 11 octobre 2010

    Oui effectivement pompeux est le mot!

  4. anonymous on Lundi 11 octobre 2010

    prétentieux et pas vraiment inspiré, du réchauffé caché derrière quelques apparats…