Il y a 20 ans sortaient coup sur coup trois pépites du Thrash Metal qui marqueront l’apogée de ce genre musical (tant apprécié par votre serviteur). Retour sur cette année 1990 et ce chant du cygne du thrash 80’s.
Megadeth – Rust in Peace
Alors que le groupe de Dave Mustaine est sur la pente ascendante du succès après deux terribles opus qui resteront dans les annales (Peace Sells… But Who’s Buying? en 1986 et So Far, So Good… So What? en 1988), et que Megadeth connaît les honneurs en figurant aux côtés de Metallica, Slayer et Anthrax parmi le « carré d’as » du Thrash Metal, on assiste au licenciement sec de Jeff Young (guitare) et de Chuck Behler (batterie). Ce sera alors la grande surprise puisque outre un nouveau batteur redoutable du nom de Nick Menza, c’est Marty Friedman qui remporte la timbale pour le poste de guitariste. Et ce n’est pas du bon qui déboule avec ce Rust in Peace, c’est carrément de l’excellent : un pur feu d’artifices heavy/thrash.
« Holy wars… The Punishement Due » est le morceau d’ouverture de l’album. Il s’agit d’une longue pièce à tiroirs avec différentes parties : un démarrage tonitruant où s’illustre la rythmique véloce et précise de la paire Effelson/Menza, sans parler de la guitare tranchante de Mustaine. Il faut attendre un moment avant que celui-ci ne se décide à chanter de sa voix agressive (et nasillarde habituelle). Un superbe break intervient avec une guitare hispanisante suivi d’une partie plus lourde et intense, avant qu’une longue partie plus abrupte tienne tout le monde en attente, parcourue par de somptueux soli de Friedman. Puis la machine s’emballe de nouveau après un break ultime et le tout se termine dans une orgie de guitares et de fureur sur fond de batterie ultra heavy.
Autre classique : « Hangar 18 ». Plus simple dans sa structure que le précédent titre mais néanmoins formidable avec ce premier passage au tempo enlevé. Puis c’est encore une fois un break superbement négocié qui annonce une partie plus agressive où les guitares des duellistes Mustaine/Friedman font des ravages et où Nick Menza martèle ses fûts sans compter. Terrible.
La suite n’est qu’un festival de rythmiques imparables et techniques, pas mal de breaks (le brutal « Take No Prisonners », « Five Magic » et son refrain sous forme d’incantation), des titres un poil plus mélodiques (« Lucretia », « Tornado of Souls » avec un solo de Friedman d’anthologie) et quelques surprises comme le pesant « Dawn Patrol » où la basse de Dave Effelson est reine et le final rageur avec « Rust in Peace… Polaris ».
Il paraissait difficile à Mustaine et à sa bande de faire plus fort que Peace Sells… et c’est pourtant ce qui est arrivé ! Ce crû 1990 de Megadeth est essentiel pour les amateurs de Thrash et doit figurer en bonne place dans toute discothèque digne de ce nom.
Pantera – Cowboys from Hell
Pour le groupe texan, c’est avec ce Cowboys from Hell que tout a véritablement commencé. Finis les errements pseudo heavy rock typiquement US, place à un power heavy thrash 100% novateur, sorte de copulation improbable entre Judas Priest époque Painkiller et les hordes de thrasheurs de la Bay Aera.
Dès la première piste, la messe est dite ! Inutile de résister au dévastateur et terriblement groovy « Cowboys from Hell », l’un des meilleurs titres jamais écrits par le combo. La suite de l’album est tout aussi excellente. Vingt ans après la sortie de cette galette, il est bien difficile d’extraire ne serait-ce qu’un titre moyen. Bref, il s’agit d’un très grand disque, celui qui a placé Pantera au-dessus de la masse.
Un disque d’une qualité ahurissante, avec des morceaux 100% thrash et en tête de liste le terrible « Psycho Holiday » et son superbe riff malsain accompagné de voix de maître par un Phil Anselmo s’affirmant comme un futur grand, « Heresy » digne des Four Horsemen des mid-eighties, les bombes heavy « Domination », « Shattered » ou « The Art of Shredding » digne du Judas de Painkiller sorti la même année, ou les compositions power-thrash « Clash with Reality », « Medicine Man » ou « Message in Blood ».
Pantera signe des ébauches réussies de ce qui sera son futur gros son et feroa de lui l’un des groupes les plus heavy de la planète durant les années 90. Au programme : des riffs pachydermiques, des changements de rythme aidés par un batteur au jeu à la double grosse caisse hallucinant (Vinnie Paul), et un guitariste (Dimebag Darrell) enchaînant les soli de feu. Et enfin d’un registre plus mélodique, deux compositions de tout premier plan : la géniale power-ballad « Cemetary Gates » et le moins connu mais tout aussi bon « The Sleep » (titre à la croisée des chemins entre un « Walk » que l’on retrouvera sur l’album Vulgar Display of Power et la power-ballad).
Cowboys from Hell est un grand moment de Metal US, véritable acte de naissance d’un très grand groupe au potentiel énorme qui explosera commercialement au cours des années 90 (en durcissant paradoxalement un poil le ton avec son album suivant Vulgar Display of Power).
Slayer – Seasons in The Abyss
En 1986, Reign in Blood de Slayer a été un ouragan qui a balayé le Thrash, et le Metal en général, au point encore de porter aujourd’hui l’étiquette d’album « le plus violent de l’Histoire du Metal ». Mais très vite Reign in Blood est devenu un album problématique. Comment succéder à pareil effort ? Comment faire plus que ces 27 minutes de brutalité sans nom ? Tout ce qui aurait pu sortir le groupe après ce disque aurait eu un côté « petit bras ». Non, on ne pouvait pas faire « plus » que Reign in Blood… mais on pouvait faire mieux. Et c’est ce que Slayer a fait avec Seasons in The Abyss.
Seasons est le chef d’œuvre de Slayer et de ce fait leur meilleur album, mettant un point final au genre qu’est le Thrash Metal. Cet album respire de bout en bout la puissance maîtrisée. Toutes les facettes du groupe y sont présentes : la puissance naturelle, les riffs terribles, les accélérations véloces. Il s’agit bien d’un album proprement inusable, qui a cet avantage par rapport à Reign in Blood de pouvoir plaire à un public plus large, voire même aux allergiques du groupe ou du Thrash Metal.
Cette accessibilité est en pratique due à deux choses : l’apport mélodique et la modulation d’Araya (bassiste et chanteur de Slayer). Chaque morceau de l’album a été soigneusement pensé : que ce soit un refrain en béton armé, des soli magnifiques, ou encore des riffs bien plombés. Aucun morceau ne rebute par sa violence, au contraire il y a une porte d’accès pour l’auditeur lambda, d’où un dégagement de fantastique homogénéité à l’écoute de ce Seasons. Pour cela, il a fallu opérer quelques changements dans l’approche du groupe : on peut y noter un tempo moins élevé et surtout un Araya qui alterne hurlements et chant plus classique.
Seasons in The Abyss a été pensé autour de trois tubes (« War Ensemble », « Dead Skin Mask » et la chanson éponyme), répartis de façon à contrebalancer les deux facettes principales du groupe de chaque côté. De « War Ensemble » à « Dead Skin Mask », c’est le Slayer avec ses refrains catchy, grattes accrocheuses, tempo rapide et recherche de mélodies. Puis de « Hallowed Point » à « Born of Fire », on retrouve le groupe où a priori on le l’attendait plus : un Thrash haineux, sombre, violent, carré, et ses fameux breaks mid tempo à chialer de bonheur. Et pour parachever le tout, Slayer opère dans un registre encore inconnu avec le titre « Seasons in The Abyss » : la thrash ballade. Une conclusion sombre, avec intro en arpèges inquiétante, puis une montée en puissance qui vient crucifier ce chef d’œuvre.
En réalité, Seasons in The Abyss n’a qu’un défaut : il est trop parfait. Tout paraît terne à coté. La jouissance à l’écoute de l’album est si forte… comment aller encore plus loin ? On ne peut plus faire mieux. La boucle est bouclée. On est en 1990 et Slayer vient de tuer le Thrash.
NDLR : deux de ces groupes, Slayer et Megadeth, seront au Sonisphère bientôt, festival itinérant qui réunit la crème du Métal. Y joueront également Metallica, Anthrax, Alice in Chains, Mötörhead… Les Immortels ont prévu de s’y rendre et de vous ramener quelques cartes postales.












Quel silence. Pourquoi ne pas prendre la parole?