The Organ – Thieves (2008 – Talitres Records/Differ-ant)

Formé en 2001 à Vancouver, The Organ signe aujourd’hui son testament. Thieves sera en effet le dernier opus de cinq jeunes femmes qui avaient surpris il y a quatre ans avec Grab That Gun. On ne s’attendait pas à un enterrement aussi rapide mais sans doute le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas. Néanmoins, comme le disaient des amuseurs célèbres : « cela ne nous regarde pas ». D’autant que l’explication est peut-être plus prosaïque que cela.
Toujours est-il qu’on regrettera un groupe sublimé par la voix de sa leader charismatique (et mélancolique) Katie Sketch dont la beauté ne fut pas pour rien dans la reconnaissance des cinq canadiennes. On a souvent rapproché le groupe des Cure, des New Order et, pour la voix de Sketch, de Ann Clark. Mais les rapprochements ne restent souvent qu’une commodité de la critique. Comparaison n’est pas raison. Mieux vaut une dernière fois se laisser porter par les vagues d’une oeuvre qui déplace les lignes mélodiques dans une sorte de labyrinthe. Certes Dédale ne sera jamais pour The Organ l’homme ailé habitué d’un tel lieu, mais un Dédalus Joycien un peu paumé et dangereux.
Il faut néanmoins faire vite : Thieves est un testament bref. Il se réduit à six titres. Toutefois il ne faut pas hésiter à les passer en boucle même les nuits d’insomnie. Pas sûr qu’on y gagne en sommeil car l’abrasion est au sommaire de ce CD fidèle à la production du groupe. Les jeunes femmes y soignent leur adieu. Elles en finissent avec certaines approximations phoniques qu’on pouvait relever et qui agaçaient au milieu de tant de qualités dans leur productions précédentes dont sauf erreur une seule est disponible en Europe.
Thieves est une œuvre au gothisme épuré, sans lyrisme. Elle est portée par une chanteuse qui ne joue plus de sa théâtralité dramatique vocale. On peut se moquer du spleen que soulèvent ses textes. C’est pourtant leur seul idéal et c’est ce qui en fait leur force, multipliée par des arrangements nécessairement ascétiques mais prégnants : à mauvaise cause (manque de moyens de production) bons effets.
On ne sait si l’histoire académique future de la Pop-Rock inscrira sur les stèles de ses marbres le nom de The Organ. Tout ce qu’on peut affirmer est que leur existence aura été de (trop) courte durée mais que Thieves est là pour nous les faire déjà regretter. Mieux vaut cela que l’inverse. Et si certains voient dans le suicide du groupe le geste d’un « romantisme absolu » il faut plus simplement lire dans cet adieu la marque d’un ras-le-bol, le signe d’un certain non recevoir et la fin des humiliations pour un groupe féminin qui aura eu du mal à se faire sa place dans un univers fait par les mâles et pour eux. Il conviendra un jour d’écrire un livre sur les galères féminines dans l’histoire de la Rock Music.
Pour l’heure et en écoutant ce trop court album on se dit qu’il faut bien que la douleur soit chevillée au corps d’une créatrice afin qu’elle fasse surgir une voix si proche de tout ce qui se défait. Mais on sent aussi qu’elle aime cet univers en disparition tant elle le métamorphose en le traversant, comme le vent couche l’espace afin de l’apaiser.
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