Massive Attack – Heligoland (2010)
UNDER CONTROL
Heligoland jouit en France d’une promotion exceptionnelle (disque « France Inter » entre autres…). En Angleterre il bénéficie d’une promotion particulière. Les affiches de promotions du CD ont été interdites dans le « Tube » londonien sous prétexte que la pochette ressemblait trop à des graffiti. Dans tous les cas le buzz fonctionne à plein pour l’électro made in Bristol. Mais sur cette scène la cité a perdu bien de son aura et Massive Attack de son originalité. Et ce même si Damon Albarn a fait travailler d’arrachepied le groupe dans son « studio 13 ». Certes une certaine magie opère mais 3D et les siens sont devenus frileux même si Mushroom avait déjà quitté le groupe dégoûté par la pâleur blafarde de Mezzanine en 1998. Ceux qui demeurent reprennent les formules originales du groupe et son Blue Lines de 1991. C’est le plus sûr moyen de faire de cet album une machine à hits. D’autant qu’ à côté d’Albarn on retrouve entre autres Horace Andy, Martina Topley-Bird, Tunde Adebimpe de TV On The Radio et Guy Garvey d’Elbow. Du beau monde. Trop.
Le collectif à géométrie variable se plaisait souvent et depuis longtemps à déclarer qu’il n’envisageait pas de suite à Blue Lines. On se souvient aussi que 3D, Daddy G et le désormais absent Mushroom ne se supportaient plus. Toutefois pas à pas, pied à pied des albums ont vu le jour. Mais en plus de vingt ans de carrière Heligoland n’est que le cinquième album de Massive Attack. Les quatre premiers avaient chaque fois le mérite d’étonner. Ce n’est pas le cas du dernier. Il nous reporte vingt ans en arrière. Et sa musique est devenue assimilable et bobo à souhait. En 2003 avec 100th Window (2003), 3D avait créé une électro dark et sophistiquée qui mélangeait des apports new-wave, des ambiances post-atomique et des racines nettement plus chaudes qui lorgnaient vers soul et reggae. A cette époque le géant Daddy G avait décidé de ne pas venir perdre son temps en studio et laissa les commandes au seul 3D. Mais il y avait là une réelle avancée.
Pour ce nouvel album on retrouve les deux musiciens. Ils ont enterré la hache de guerre et ont retrouvé le chemin des studios et des concerts pour concocter un opus aux faux airs languides et relaxés. Y transparaissent mais trop clairsemées des nappes de spasmes et d’angoisse. Sur le terrain instable que défrichaient progressivement des albums disparates, si on retrouve la veine première du groupe l’espace sonore tient un peu du labour. Les idées noires s’estompent au profit d’une musique black plus rassérénée. Manque la soul viscérale. Tout ici est trop calibré.
Certes le Cd s’écoute en son entier avec plutôt du plaisir mais il demeure sans surprise. On a cependant échappé au pire puisque étaient annoncés en dehors des guets stars cités plus haut David Bowie, Fredo Viola, Tricky, Liz Fraser, Patti Smith et Tom Waits. N’en jetez plus… L’album n’aurait été une recollection de l’histoire du rock et de la pop. Pourtant Horace Andy et Martina Topley-Bird auraient suffi à la réussite de Heligoland. Trop d’apports tuent la créativité et la remettent dans des voies archiconnues désormais. Massive Attack semble vouloir faire abstraction du temps qui passe mais son passé l’a rattrapé et c’est dommage.
Daddy G et 3D ont joué le juste milieu. Tout est équilibré et bien calibré. Plus doux qu’amer le groupe a perdu sa colère. Il sombre dans une contemplation délétère qui sans doute convient parfaitement à notre époque d’aphasie jargonesque. L’ensemble est bien fait, bien cool, bien remixé. Mais cela demeure très sound-system. Et ce en dépit d’une ambition qui revendique que – comme chez les Radiohead - chaque chanson ne pourrait sortir de son contexte. Voire… Tout est fait ici dans une accroche populaire à la limite du racolage. Les Massive Attack veulent séduire et ne se privent pas de toutes les recettes studio et scène afin d’y parvenir. Daddy G a beau affirmer « Nous n’avons jamais été un groupe traditionnel » ce dernier opus prouve le contraire. Non seulement ce CD est radios FM, il est aussi radios généralistes. Preuve que si l’instinct demeure il est largement (et trop) “under control”.












