William Sheller – Avatars
Il est des noms qui sonnent étrangement familiers, comme une partie intégrante du décor musical français, sans qu’on ait le moindre soupçon de début d’idée de la teneur de leur oeuvre. “William Sheller“, me direz-vous, “je le connais moi, c’est l’Homme Heureux.” Et vous ne serez pas le seul à me parler du bonhomme comme d’un vieil ami, à l’aune de la connaissance de cette unique pièce, composée à la va-vite pour un concert acoustique qui allait rester dans les annales (Sheller en solitaire). Certes, au travers de ce petit bout du patrimoine de la chanson française, vous touchez du doigt la mélancolie légère, la voix fragile et si particulière, le sens de la mélodie de Sheller. Et après tout, qu’importe si l’auteur faisait dans la musique sérielle avant de découvrir les Beatles.
Dans son enfance, William a cotoyé les plus grands jazzmen, qui venaient taper le boeuf chez lui. De bons souvenirs ? Non, mais une expérience salutaire, puisqu’au lieu d’en retirer les fameuses influences “jazzy” (terme galvaudé s’il en est) qu’il est de bon ton d’exacerber, il évite au contraire le jazz comme la peste. Compositeur singulier, Sheller partage son écriture entre albums de chanson pop délicats et pièces classiques décomplexées (plusieurs symphonies et concertos qui n’ont jamais été enregistrées à des fins commerciales). En 1994, sur l’étonnant Albion, il offre une poignée de titres hard-rock inoubliables.
Tout ceci nous amène bien gentiment, grâce à la structure limpide de cette chronique émérite, à la question qui brûle toutes les lèvres : “Mais alors, comment qu’on fait pour découvrir Sheller sans rien louper ?”
C’est fort simple. Il suffit d’écouter Avatars. Parce que sur Avatars, il y a tout ça, et même mieux ; il y a la symbiose de tout ça.
Et ce, dès le bien-nommé “[Log In]“, premier titre de l’album, qui commence comme l’ouverture d’un opéra romantique… jusqu’à l’arrivée de guitares lourdes comme le plomb, toujours secondées par une section de vents lumineuse. Et ça sonne comme nulle part ailleurs, aux antipodes du métal dit symphonique, ou d’une nouvelle chanson française qui se cherche des racines plus nobles. Non, ça sonne comme une pièce unique de musique contemporaine, que d’aucuns qualifieront de progressive, et que les plus sages ne s’aviseront pas de cataloguer. Surtout pas quand la voix de l’auteur y pose des paroles sculptées dans la douceur et la fragilité. On retrouvera cet équilibre parfait (peut-être plus encore), cet éden d’éclectisme maîtrisé, sur le dernier titre (”[Log Out]“, évidemment) . Entre ces deux trésors, une multitude de variations. Des chansons plus assumées (”Tout Ira Bien”, le merveilleux “Veilleur de Nuit”), parfois intimistes (”Félix & Moi”, qui prouve qu’Epures aurait pu être composé à la guitare) aux incursions rock (”Jetlag” n’aurait pas défloré Albion), Sheller se laisse aller sur des flots changeants, et on embarque. Les titres les plus orchestraux, perturbés par une flûte fulgurante et malicieuse, renvoient à la musique d’Isildur’s Bane et aux OST de Joe Hisaishi, c’est dire s’il faut aller chercher loin pour trouver quelques malheureux points de comparaison. L’entreprise est d’ailleurs inutile ; en pratiquant simplement la musique qu’il aime, Sheller a trouvé une identité dont rêvent beaucoup d’artistes français pourtant si désespérément envieux d’échapper aux courants qu’ils suivent.













Page MySpace
Merci pour ce commentaire au sujet d’Avatars. Un disque à la musique époustouflante et aux paroles magnifiques, une sorte de mélange de “Albion” et “Ailleurs” en plus moderne, avec des réminiscences de “Lux aeterna” et de “My year is a day”. Bref que du bonheur à déguster sans modération. Retrouvez le meilleur de Sheller chez http://www.shellerophile.fr et sur le forum http://salondushellerophile.xooit.fr/index.php !