Narthex – Formnction (2009 – Potlach)

On ne peut faire plus minimaliste et néanmoins plus agressif que Formnction. On croyait que Pan Sonic avait atteint un seuil limite : Narthex le pousse un peu plus loin. Le duo – qui tire son nom du portique qui dans une église précède la nef – s’intéresse avant tout à une expérience limite de la perception et des espaces sonores. Reste tout compte fait que le silence et lorsque soudain une ligne sonore s’élève, elle en devient d’autant plus violente même si, pourtant, elle se limite à peu de chose.

Marc Baron et Loïc Blairon ne sont plus dans la « musique musique ». Avec Propagations, elle semblait encore présente. Ici elle disparaît. Ne demeurent que de rarissimes notes soutenues de manière neutre et parfois en des volumes quasi imperceptibles afin de sculpter le temps. Tout cela est construit selon un protocole particulier. Les deux créateurs ont enregistré six pièces improvisées de 30 minutes dans six lieux différents. Chaque improvisation est découpée en six fragments de cinq minutes selon un jeu de damiers et de reprises pour obtenir la pièce instrumentale finale. Formnction est la réunion de deux de ces pièces. Dans la seconde les instruments sont encore audibles mais au sein d’une fréquence qui les rend à peine repérables. Dans la première les sons du saxophone de Marc Baron et de la contrebasse de Loïc Blairon sont remplacés par deux fréquences – de 1000 et de 500 hertz – et le bruit de fond est métamorphosé par du « blanc » numérique.

A l’acoustique se superpose dans une radicalité extrême une sorte de vide sidéral ponctué de quelques pointes. Elles effacent cependant tout effet de relief ou de profondeur. Baron et Blairon par l’utilisation du silence, contestent la puissance assertive du son. En restent un ersatz, un fond, une tonalité atonale proche du spectre de l’inaudible dans un processus créateur qui traduit un nouveau défi de l’Imaginaire musical. Le duo procède à l’allégement de la matière musicale et de son langage. Le paysage sonore est un paysage vide. Vide à part les derniers épuisements que quelques traces sonores incarnent sous forme d’incartade.

La destruction du langage et du son induit une volonté d’absence et de mutisme, d’éradication de toute valeur accordée au monde sensible. La presque disparition vibratoire dissout la présence du sensible hors affect et hors artefact. Le vivant, ou ce qui semble tel, apparaît de plus en plus dérisoire. Rien pratiquement ne l’anime sinon quelques souffles remplacés bientôt par leur abstraction numérique. De la chair palpitante de la musique il ne reste qu’une présence fantomatique. Rien n’existe plus de l’être et de son que quelques traces « blanches ». Cela rappelle une phrase de Beckett : “Tu n’as plus besoin d’écouter ». L’univers musical est en disparition afin que se touche le seul silence. A bon « entendeur » salut…



Laissez un commentaire

Dîtes nous ce que vous en pensez...
ah oui, et si vous voulez avoir un avatar, cliquez sur gravatar!