Film : Les Chats Persans, de Bahman Ghodabi
MADE IN IRAN : EAST SIDE STORY
Tourné en 17 jours dans les conditions d’une équipée sauvage, le film Les Chats Persans est une plongée sur une scène rock qui n’a jamais autant mérité qu’ici son nom d’underground. On n’est plus dans la métaphore. L’étau politique et policier est toujours prêt à se refermer sur ceux qui osent la musique. Pour un certain Islam elle est impure puisqu’elle provoque des émotions de joie, d’insouciance. Entendre le chant d’une femme est un péché car cela peut provoquer des désirs « vicaires »… Quant au rock c’est le diable en personne.
On croit d’abord que le film va traiter le délire politico-religieux contre le Malin sous le registre de la dérision. Les Chats Persans s’ouvre en effet sur une scène d’anthologie : un groupe grunge joue dans une grange au milieu des vaches… Mais très vite le film vire au cauchemar en devenant pratiquement le reportage sur les conditions de son tournage. On y voit de jeunes musiciens de rock et de rap jouer dans les caves d’immeubles de Téhéran au risque sinon de leur vie du moins de leur liberté. De tels studios improvisés sont tapissés d’emballage d’œufs en carton afin d’absorber le plus possible les sons des amplis.
Par ailleurs le film nous apprend qu’en Iran les chats (comme les chiens) sont interdits dans les rues. Les brigades de tueurs islamiques sont là pour les supprimer. Le titre du film et du groupe formé par les deux musiciens pop Ashkan et Negar n’est donc pas anodin. Nous assistons à leur lutte de pour organiser un concert qui leur permettra de financer leur fuite. D’ailleurs depuis la sortie du film les deux musiciens ont trouvé refuge à Londres et le réalisateur en France (où il avait obtenu pour Un temps pour l’ivresse des chevaux la Caméra d’Or 2000 à Cannes). Le film reste avant tout un film physique et une œuvre de chair. Son écriture est un cheminement semé d’embûches et a réclamé un investissement total de son auteur, de ses acteurs et de l’équipe technique.
Tourné dans Téhéran et sa banlieue, Les Chats Persans plus que pour sa musique vaut d’abord pour le portrait d’une jeunesse étouffée par l’idéologie plombée des Mollahs. Souffle dans ce film un vent de révolte. Il prouve qu’il existe en Iran un mouvement de contestation dont la musique rock-pop représente un des vecteurs. C’est une « bénédiction » pour cette musique. Elle puise en Perse ce qu’elle symbolisait il y a soixante ans du côté de l’occident. A savoir le signe de la révolte adolescente et d’une épopée sauvage. Celle-ci est à prendre au pied de la lettre. Ce n’est plus ici une fiction mais le moyen de superposer des sonorités infernales aux jongleries vocales de certains Mollahs. Ceux qui n’appellent non seulement à la prière mais au respect d’un type de loi coranique réactionnaire et liberticide qui tourne le respect d’un Dieu en un esclavage atroce.
Synopsis : A leur sortie de prison, une jeune femme et un jeune homme musiciens décident de monter un groupe. Ils parcourent Téhéran à la rencontre d’autres musiciens underground et tentent de les convaincre de quitter l’Iran. N’ayant aucune chance de se produire à Téhéran, ils rêvent de sortir de la clandestinité et de jouer en Europe. Mais que faire sans argent et sans passeport …












